Sur les pas de Messi, l'enfant prodige qui poussa son premier entraîneur à la retraite
Ce jeune prodige deviendra plus tard champion du monde avec l'Argentine en 2022 et remportera huit Ballons d'Or, un record. Agé de 38 ans, l'ancienne star de Barcelone et du Paris-Saint-Germain, qui rayonne aujourd'hui à l'Inter Miami, s'apprête à en battre un nouveau en participant avec l'Albiceleste à son sixième Mondial (11 juin - 19 juillet).
Né le 24 juin 1987 à Rosario (centre), troisième d'une fratrie de quatre enfants, Lionel, surnommé Leo, Messi a vu le jour dans la troisième ville d'Argentine, grand port fluvial sur le Paraná.
Sa maison natale, au 525 Estado de Israel, aujourd'hui inhabitée, figure dans les guides touristiques.
Sur la grille d'entrée, un drapeau colombien atteste de l'adoration à l'étranger : "Leo, ta grandeur dépasse les frontières, merci pour tout ce football et toute cette magie. Un Colombien reconnaissant", peut-on lire parmi les nombreux messages laissés.
Walter Barrera, ami d'enfance de Leo, a vu le jour à quelques pas de là, dans ce quartier ouvrier de la Bajada où trône depuis 2021 une immense fresque de Messi portant l'inscription : "D'une autre galaxie mais de mon quartier".
"Il maîtrisait déjà tout"
Leo et Walter ont grandi côte à côte et ont pratiqué divers sports dans les rues du barrio (quartier) : rugby, baseball, tennis-ballon...
Cependant, c'est au football que le petit Leo se démarquait le plus. "On savait qu'il irait loin, c'était un monstre", raconte Walter à l'AFP.
Il évoque également le "raccourci vers l'école" pris en coupant les barbelés d'un terrain militaire "et le soldat de garde qui nous poursuivait", raconte Walter en souriant : "On était un peu turbulents, mais pas méchants".
Désormais à la retraite, Andrea Sosa était professeur de mathématiques au collège-lycée General Las Heras, établissement où Lionel Messi a fait sa scolarité. Elle confie à l'AFP se rappeler d'un adolescent qui saisissait chaque occasion pour frapper dans un ballon de fortune "fabriqué avec du papier, des chaussettes, des bouchons" de bouteilles en plastique.
"La Pulga" ("la puce"), surnom qui lui est resté depuis l'enfance à cause de sa petite taille, s'est très vite fait remarquer, dès l'âge de cinq ans, par son adresse et sa rapidité d'exécution balle au pied, au club de quartier Abanderado Grandoli.
Leo Messi a rapidement intégré l'école de football Malvinas Argentinas du club mythique de Rosario, le Newell's Old Boys, dont il reste un ardent supporteur.
"On a débuté en 1999 avec Léo (...) et pour moi, c'était une bénédiction", se souvient Enrique Dominguez, 72 ans. "Un jour, on m'a demandé 'Que reconnaissez-vous de ce que vous lui avez enseigné lorsque vous voyez Leo jouer ?'. Rien, car on ne pouvait rien lui apprendre, il savait déjà tout. Ce que Leo fait aujourd'hui sur un terrain, il le faisait déjà à 12 ans", ajoute-t-il.
"Pas d'argent pour le carburant"
Enrique Dominguez a arrêté d'entraîner cette année-là et a présenté sa démission au responsable du club : "Quand j'ai dit que j'avais entraîné le meilleur joueur du monde, j'étais trop prudent : pour moi, c'est le meilleur joueur de l'histoire", confie-t-il aujourd'hui.
Adrian Coria a également été l'entraîneur de Messi à Newell's, avant de le retrouver à Barcelone lorsque le jeune prodige a été recruté en 2001 par la Masia, l'école de football du Barça, juste avant ses 14 ans.
Il se rappelle les difficultés financières de la famille Messi, de son père, Jorge, ouvrier en usine qui disait ne pas savoir s'il pourrait emmener Léo à l'entraînement le lendemain "parce qu'il n'avait pas de quoi payer l'essence" pour mettre dans le réservoir de la "Renault 12 en piteux état".
C'est à cette période qu'un endocrinologue informe Jorge Messi et Célia Maria Cuccitini, qui exerce de petits métiers de ménage, que leur enfant souffre d'un déficit en hormones de croissance nécessitant un coûteux traitement par injections.
"Leo mesurait 40 centimètres de moins que ses coéquipiers et pesait 15 kg de moins. Pour un joueur, c'est terrible", souligne Adrian Coria. Mais lui, il "savait ce qu'il voulait, il voulait être footballeur, il voulait être le meilleur".