À Lille, les multiples saisons en une seule pour Bruno Genesio
Peu importe le dénouement ultime du Losc en championnat, Bruno Genesio aura vécu une deuxième saison agitée dans le Nord. Actuellement sur le podium de la Ligue 1 (3e, 53 points), une longueur devant Marseille (4e), deux devant Lyon (5e) et trois devant Rennes (6e) avant la 30e journée, le club du Nord est en pleine forme avec six victoires dans ses sept derniers matchs, et neuf rencontres sans revers.
Tout cela avec un programme clément jusqu'à la fin de l'exercice 2025-26: les Dogues rencontreront quatre équipes en bas de tableau (Nice, Paris FC, Le Havre et Auxerre) avec comme unique rival redoutable en apparence Monaco. Lille peut donc viser un happy end, qui, il y a peu, paraissait hors de portée pour les hommes de Genesio, dépourvus de réponses pendant un début d'année catastrophique, avec une seule victoire en dix matchs toutes compétitions mêlées.
Colère et amertume
En janvier, la pression monte au sein du club, du président Olivier Létang jusqu'au banc de touche, où Bruno Genesio doit être retenu par ses joueurs après la défaite (2-0) à domicile face à Rennes pendant qu'il se dirige vers l'arbitre. Le Lyonnais snobe même la conférence de presse habituelle et écope d'une suspension d'un match. Cet incident marque un retour au calme dans son comportement et ses déclarations sur l'arbitrage, qu'il critique souvent.
L'homme de 59 ans affirme aussi être "fortement touché" par l'incendie du Nouvel An à Crans-Montana, qui affecte un de ses proches. Soutenu par Olivier Létang malgré la série de revers, Bruno Genesio encaisse deux éliminations: en Coupe de France puis en Ligue Europa contre Aston Villa, où on lui reproche une composition d'équipe trop prudente au début du match retour, son équipe partant avec un handicap (défaites 1-0 puis 2-0).
Ces remarques provoquent un "appel du cœur" de l'ancien coach de Lyon et Rennes, qui se décrit, dans un discours empreint d'amertume, comme un "bouc émissaire": "J'en ai marre que mon travail, mes résultats, ceux de mon staff, soient souvent ramenés à ma bonne relation avec mes joueurs."
"Résilience innée"
Cette sortie européenne est en réalité trompeuse, car les Dogues ont déjà amorcé leur redressement en championnat, illustré par des victoires à Rennes (2-1) puis à Marseille (2-1). Ils s'enchaînent avec deux performances solides à Toulouse (4-0) et surtout dans le derby du Nord, où ils dominent le rival lensois (3-0), répliquant l'humiliation encaissée à Bollaert avec la même ampleur.
À la fin du match, les joueurs invitent leur entraîneur lors de la célébration avec les ultras pour le mettre en lumière. "Je répète souvent que la plus belle reconnaissance vient des joueurs, déclare-t-il. J'étais simplement joyeux."
Jusqu'à un nouveau coup dur personnel: la mort de son père Salvatore. Absent devant la presse avant le voyage à Toulouse mais présent sur le banc le jour J, Genesio tient bon, et ses joueurs lui rendent hommage en célébrant leur premier but avec lui.
Son adjoint Dimitri Farbos vante "sa personnalité exceptionnelle", ses "valeurs solides" et son engagement: "Il n'a pas eu de chance à certains instants, pourtant il a démontré une force de caractère remarquable, ce qui s'est reflété dans la dynamique positive, les plaisirs des récentes performances, et ce qu'il transmet à l'équipe chaque jour."
Dans le vestiaire, on apprécie sa proximité avec les joueurs: "Même dans les moments difficiles, il prenait le temps de parler avec nous, de voir ce qu'on pouvait ajuster, perfectionner, confie Aïssa Mandi. Tactiquement, grâce à lui, on a trouvé un équilibre dans notre jeu, avec quelques ajustements qu'il a su apporter."
À la veille de recevoir Nice, Bruno Genesio admet avoir traversé "des phases très, très compliquées" et souligne le soutien reçu et sa "résilience innée".
Va-t-il prolonger son bail cet été? "Pour le moment, je n'y pense pas, répond-il. À Rennes, M. Pinault me disait: 'le football, c'est la vie en accéléré', je trouve cela une image juste, on peut passer d'une émotion positive à une négative en un rien de temps." Cette saison l'a prouvé.