Vu de République tchèque : pourquoi Pavel Šulc n'a pas le même rendement en sélection qu'à Lyon ?
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C’était l’un des phénomènes les plus visibles lors du dernier match de la sélection tchèque avant son entrée en lice au Mondial : Pavel Šulc n’a pas eu l’occasion de briller face au Guatemala (3-1). Il n’a quasiment jamais été dangereux.
"C’est inquiétant pour les entraîneurs, car il n’a vraiment pas réussi à peser sur le jeu. Peut-être parce que Adam Hložek se bat aussi pour une place de titulaire, il a une énorme envie. Ça se voit chez lui," a déclaré Karel Poborský dans le studio de ČT Sport en analysant la prestation de l’équipe nationale.
Pourtant, Šulc devrait jouer un rôle clé pour la Tchéquie, car après son transfert à Lyon, il est devenu un joueur dont la valeur sur le marché des transferts a explosé.
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En Ligue 1, il figurait parmi les joueurs offensifs les plus productifs de l’équipe et, par son influence sur les séquences menant au but, il se plaçait juste derrière Corentin Tolisso. Mais en sélection, Šulc ne parvient à transposer sa forme que partiellement. Le match de préparation contre le Guatemala en a été la preuve. La star tchèque a certes participé au but de Patrik Schick en lançant bien la contre-attaque, mais il a été très peu impliqué dans le jeu par la suite.
L’équipe tchèque n’a pas su exploiter les points forts de Šulc, à savoir son jeu entre les lignes. Il n’a pas été trouvé dans les combinaisons au sol, l’équipe privilégiant souvent des passes plus directes vers les ailes ou des ballons aériens depuis la défense centrale.
Selon les données d’Opta, qui compare les performances de Šulc en France et en sélection, les différences sont flagrantes. Sous le maillot de Lyon, il profite du fait que l’équipe sait se créer des situations dangereuses, souvent à grande vitesse, et le joueur tchèque a la qualité pour conclure ces actions.
Les données montrent que Lyon privilégie un jeu de transition progressive et entre les lignes, même à un rythme soutenu. Ce n’est pas un football de possession lent, mais un jeu bien plus technique que celui pratiqué par la sélection tchèque.
Jusqu’aux barrages de mars, Šulc avait participé à 13 séquences de Lyon conclues par un but, soit 40,6 % des buts inscrits dans le jeu par l’équipe. Le seul joueur de Lyon à avoir fait mieux était Tolisso.
Šulc figurait aussi parmi l’élite du championnat en nombre de tirs par 90 minutes (2,7) et affichait même le meilleur différentiel entre buts marqués et expected goals de toute la Ligue 1 (+3,7). On peut donc dire que, placé dans les bonnes situations, il se montre extrêmement efficace.
Où se situe donc le problème pour la Tchéquie ? Pour faire simple, ses coéquipiers l’évitent souvent dans les combinaisons. Šulc a certes disputé cinq des six matchs de qualification et joué 75,9 % du temps total, mais jusqu’aux barrages de mars contre l’Irlande et le Danemark, il n’a pas été impliqué dans la moindre séquence menant à un but dans le jeu. Un contraste saisissant avec sa productivité en club. Même son but contre le Danemark est venu sur coup de pied arrêté, en reprenant un ballon repoussé.
Il est évident que la Tchéquie et Lyon pratiquent des styles très différents. Tout dépend du profil des joueurs à disposition des entraîneurs. Šulc connaît ainsi un sort similaire à celui qu’a connu Schick par le passé, brillant à Leverkusen mais moins à l’aise en sélection.
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Lors des qualifications, la sélection nationale figurait parmi les équipes les plus directes d’Europe. Elle progressait très vite vers le but adverse, mais cette verticalité reposait surtout sur de longs ballons et des passes vers les ailes, et non sur des combinaisons rapides et continues au sol. Les Tchèques ont d’ailleurs réalisé 235 centres dans le jeu, soit le total le plus élevé parmi les équipes européennes qualifiées.
Cela tient aussi à la typologie de l’effectif. Dans le onze attendu pour débuter le Mondial, plus de la moitié des joueurs mesurent 1,90 m ou plus. Il est donc logique que les entraîneurs soient tentés de miser sur les ballons aériens. D’ailleurs, les coups de pied arrêtés ont été la principale arme tchèque en qualifications et en barrages.
Cependant, ce style de jeu ne correspond pas naturellement à Šulc, qui préfère évoluer au sol entre les lignes, comme il en a l’habitude à Lyon. Face au Guatemala, un autre détail important est apparu. L’équipe tchèque a eu une possession élevée et a dû elle-même construire le jeu. Or, c’est là l’un des talons d’Achille de la sélection sur le long terme.
Les Tchèques ont du mal à assumer le rôle d’une équipe qui doit combiner en continu, déstabiliser un bloc bas et trouver des solutions dans l’axe. Contre le Guatemala, l’axe du milieu était occupé par Michal Sadílek et Tomáš Souček, or aucun des deux n’est un joueur capable de prendre le ballon, de surprendre par un mouvement, de tenter une passe risquée dans la profondeur ou de gagner un duel en un contre un. Les Tchèques étaient donc condamnés à passer par les côtés et à centrer.
C’est aussi pour cela que les prestations de Šulc en sélection ont été meilleures lorsque l’équipe avait moins la possession et pouvait profiter d’espaces pour lancer des contre-attaques. C’est fondamental pour son jeu, car il aime attaquer dans le mouvement, dans des espaces ouverts et à un rythme élevé.
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Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne sait pas jouer face à une défense organisée. À Lyon, il prouve au contraire que, dans une équipe bien structurée, il peut être très productif même contre des blocs bas. La différence, c’est que le club français sait faire circuler le ballon au sol entre les lignes et trouve Šulc dans des zones où il peut exploiter son instinct de buteur.
À l’inverse, la sélection tchèque opte souvent pour des solutions rapides mais moins sophistiquées : long ballon sur le côté, centre dans la surface, duel pour le second ballon. Cela fonctionne, mais ce n’est pas toujours en adéquation avec les principales qualités d’un joueur comme Šulc.
Quand le style de jeu tchèque l’écarte involontairement du jeu, il ne lui reste plus que son déplacement, qui est exceptionnel. En Ligue 1, Šulc affichait en moyenne 12,4 appels dans le dos de la défense par 90 minutes, le cinquième total du championnat. Même en sélection, il était très actif dans ce domaine : avec 11,3 appels en moyenne par 90 minutes, il figurait parmi les joueurs les plus actifs des qualifications.
Le problème n’est donc pas un manque de mouvement ou d’activité en sélection. Le souci, c’est que le jeu tchèque ne s’appuie pas assez sur ses déplacements. Il fait l’appel, mais le ballon n’arrive pas. L’espace s’ouvre entre les lignes, mais le ballon part sur le côté. Šulc se prépare à combiner au sol, mais l’action se termine par un long centre dans la surface ou sur l’aile.
Il reste toutefois l’espoir que les choses changent pendant le tournoi. Il est probable que la Tchéquie ne disputera plus de match aussi dominateur et devra plutôt défendre, attendre les contres, où la dynamique de Šulc pourrait faire la différence comme à Lyon.
Pour l’avenir, c’est l’un des sujets majeurs de réflexion : savoir comment la sélection nationale (ne) parvient (pas) à exploiter les points forts de ses plus grandes stars. Šulc n’est d’ailleurs pas le premier exemple du genre.