Une manière de dire « regardez, nous sommes un peuple soudé » : le Mexique entre revendications et passion

Une manière de dire « regardez, nous sommes un peuple soudé » : le Mexique entre revendications et passion

Journaliste mexicaine et cofondatrice de The Change Congress pour l'inclusion des femmes dans le sport, Jennifer Seefoo ne pouvait pas rater le coup d'envoi de la Coupe du monde à « DF », le surnom local pour désigner Mexico.

Ce match d'ouverture est à la fois une vitrine et une caisse de résonance pour mettre en lumière des enjeux sociétaux majeurs. « Je dirais que c'est un sentiment doux-amer, car il s'agit d'une situation sociale dysfonctionnelle. Aujourd'hui, huit manifestations ont eu lieu, portant sur différents problèmes du pays, qu'ils soient économiques ou ruraux, avec de nombreuses disparitions, des situations pour lesquelles le pays réclame des réponses en vain et qui restent sans solution. »

Pourtant, en parallèle, l'impact de la compétition renforce le sentiment d'unité nationale : « C'est un moment où l'on se sent tous unis, où l'on se sent tous Mexicains, où l'on comprend ce que signifie la passion pour notre football, pour notre pays. Ce n'est pas juste un événement sportif : pour beaucoup, c'est l'âme même du Mexique. On voit des gens arborer le maillot du Mexique depuis des mois. Même si l'équipe nationale n'a pas reçu un soutien massif pendant les qualifications pour la Coupe du monde, je pense qu'à l'approche du coup d'envoi, tout le Mexique se mobilise pour soutenir son équipe, pour soutenir Javier Aguirre, pour aider ces jeunes talents que le Mexique forme à s'épanouir, comme Gilberto Mora, et aussi pour soutenir des joueurs comme Memo Ochoa, qui disputera sa dernière Coupe du monde et qui a été la cible d'une haine terrible durant les dernières années de sa carrière. Aujourd'hui, tout le Mexique le soutient car il s'agit de sa sixième Coupe du monde. »

Présent au stade Azteca pour ce match d'ouverture, le journaliste français Ionim Fournier a pu observer la mobilisation sociale dans le centre de Mexico, notamment autour de la place du Zócalo. Ville immense, il a pris ses précautions, comme de nombreux locaux. « Beaucoup de gens m'ont dit qu'ils n'iraient tout simplement pas travailler, d'une part pour regarder le match, mais aussi parce qu'ils savent très bien qu'il ne faut pas prendre la voiture car cela devient rapidement le chaos. Certains ont choisi de travailler, mais des entreprises ont aussi installé des télévisions, des machines à pop corn. Tout le monde veut que ce soit un beau Mondial et une grande fête mexicaine. »

Immense pays de football, le Mexique rêve de retrouver au moins les quarts de finale pour la première fois depuis 1986, un souvenir déchirant car El Tri, mené par Hugo Sánchez, avait été éliminé par l'Allemagne de l'Ouest aux tirs au but.

Pour Jennifer Seefoo, cette Coupe du monde est « une manière de dire : regardez, nous sommes un peuple uni, passionné, haut en couleurs, passionné de football, et peu importent les prix élevés. Nous allons vivre pleinement cette passion pour ce sport, d'autant plus que nous vivons un moment historique en célébrant notre troisième Coupe du monde à domicile, dans notre stade Azteca. Je crois que le sentiment qui règne aujourd'hui au Mexique est celui de l'unité. Nous voulons montrer que nous sommes une nation capable de grandir, de faire confiance, une nation de passion, de liberté, d'identité, et que nous sommes bien plus que ce qui se passe actuellement ou tous les problèmes qui affectent le pays. Nous sommes capables de grandes choses, et ce sentiment peut être une source d'apaisement pour toute la population, pour la société dans son ensemble, pour les entreprises, et nous permettre d'avancer, non seulement en tant que peuple, mais en tant que Mexique. »

Contacté alors qu'il était déjà dans l'enceinte du stade Azteca, Ionim Fournier est totalement conquis par l'ambiance : « On voit des gens de tous âges, des sombreros, des masques de lucha libre, des ponchos et toutes ces couleurs vives. En plus, il fait beau, il y a un grand soleil. Tout le monde est heureux, c'est une marée humaine très mélangée et polyglotte. J'ai croisé des supporters sud-africains, notamment un avec qui tout le monde prend des photos et qui est un peu la star. Lui voit une victoire 2-1 des Bafana Bafana. Évidemment, il y a tous les maillots mythiques d'El Tri et des sourires partout. Profitons ! »