L'Iran attendu à Los Angeles dans un contexte géopolitique tendu

L'Iran attendu à Los Angeles dans un contexte géopolitique tendu

Avec le conflit déclenché par les frappes américano-israéliennes sur l'Iran le 28 février, Téhéran a entretenu jusqu'au bout le doute sur la participation de la Team Melli au Mondial. Les Etats-Unis ont refusé d'accorder des visas à une quinzaine de membres de l'encadrement et l'équipe a également établi au dernier moment son camp de base à Tijuana au Mexique, plutôt qu'à Tucson (Arizona) comme initialement prévu.

La sélection iranienne était réglementairement tenue par la Fifa d'être à Los Angeles dimanche, à la veille de son premier match. Une conférence de presse est prévue à 15h45 (22h45 GMT) au SoFi Stadium, situé tout près de l'aéroport international où les joueurs devraient atterrir en provenance de Tijuana, après un vol d'une vingtaine de minutes.

Débuter le Mondial à "Tehrangeles" -un des surnoms de Los Angeles pour l'importance de sa communauté iranienne- pourrait sembler être un avantage, mais une partie de la diaspora considère la sélection comme un instrument de propagande de la République islamique.

D'importantes manifestations avaient été organisées en janvier dans la mégalopole californienne pour dénoncer l'écrasement d'un nouveau soulèvement populaire en Iran qui a fait des milliers de morts.

Match potentiellement arrêté ?

Des appels à manifester lundi à Inglewood autour de ce stade ultra-moderne de 70.000 places ont été lancés, pour agiter le drapeau de l'Iran d'avant la révolution islamique lorsque la bannière vert, blanc et rouge était ornée d'un lion et d'un soleil.

Certains protestataires pourraient aussi s'inviter à l'intérieur de l'enceinte et huer l'hymne iranien, comme au Qatar en 2022, laissant planer la menace de tensions sur la rencontre. Le ministre iranien des Sports, Ahmad Donyamali, a prévenu que l'Iran surveillerait particulièrement "drapeaux et slogans", menaçant de l'arrêt du match en cas de symboles hostiles à la République islamique.

Et samedi, le président de la fédération iranienne de football Mehdi Taj a rappelé que la Fifa devait s'assurer que seul le drapeau iranien dans sa version République islamique serait visible dans les stades du Mondial.

Le règlement de la Fifa interdit tout accessoire de "nature politique" dans les stades. Mais son application a été à géométrie variable lors des précédents tournois et nul ne sait comment les opposants munis de billets seront traités. Ces incertitudes sur l'accueil réservé à la Team Melli contribuent à la pression qui entoure la rencontre à Los Angeles.

L'Iran doit disputer ses trois matches du groupe G aux Etats-Unis, le deuxième aussi à Los Angeles le 21 juin contre la Belgique, et enfin le troisième à Seattle le 26 juin contre l'Egypte.

"Message de paix"

La Team Melli pourra-t-elle jouer son meilleur football dans ces conditions ? Sur le papier, elle a en tout cas une chance de franchir pour la première fois de son histoire la phase de poules du Mondial, en profitant d'un groupe jugé abordable, dans une compétition passée à 48 équipes où les huit meilleurs troisièmes des poules poursuivent leur route en phase à élimination directe.

L'Iran, 20e au classement Fifa, tient une belle occasion de briller lundi contre la Nouvelle-Zélande, seulement 85e nation mondiale et à la recherche d'un premier succès en Coupe du monde.

La sélection compte sur son attaquant vedette Mehdi Taremi, déjà auteur de deux buts lors de l'édition 2022 au Qatar.

"C'est ma troisième Coupe du monde. J'ai toujours dit que lorsqu'on pose le pied sur le sol du pays-hôte on doit ressentir une ambiance chaleureuse et rassembleuse. Ce n'est peut-être qu'une impression, mais ce n'est pas ce que je ressens en ce moment. Il y a évidemment une importante tension, mais j'aimerais que sport et politique soient toujours séparés", a expliqué à la Gazzetta dello Sport le joueur de l'Olympiakos, ancien de l'Inter Milan.

L'attaquant de 33 ans espère encore "porter un message de paix" sur le terrain.