Interview Flashscore - Federico Fazio : "Ce que fait Messi ne surprend personne"
Flashscore : Êtes-vous surpris par la performance de Lionel Messi, auteur d'un triplé à 38 ans lors d'Argentine-Algérie, qui lui permet de devenir le meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du monde à égalité avec Miroslav Klose ?
Federico Fazio : Je crois que ce que fait Messi ne surprend personne, même si l'on observe ce qu'il accomplit et ce qu'il apporte à chaque match, alors qu'il dispute déjà sa sixième Coupe du monde. Je disais à des amis que Messi est toujours là à près de 39 ans, en faisant pratiquement la même chose que d'habitude.
Ses buts sont sa marque de fabrique, même celui qu'il inscrit en position de hors-jeu d'ailleurs, tous ses buts se ressemblent. J'ai l'impression que, quand on regarde en arrière, c'est la même chose, il continue de faire exactement les mêmes choses. Cela ne surprend personne car c'est typique de lui.
Comment voyez-vous l'Argentine dans ce Mondial sous la direction de Lionel Scaloni ? Pensez-vous qu'il soit possible d'ajouter une quatrième étoile sur le maillot et de décrocher un quatrième titre consécutif, ce qui serait extraordinaire en incluant les deux Copa América ?
Oui. Avant le Mondial, on voyait une Argentine qui arrivait tout juste, avec certains joueurs blessés qui n'avaient pas eu beaucoup de temps de jeu lors des derniers matchs, comme Cuti Romero ou Dibu Martínez, qui a également été blessé. Ce sont des joueurs qui s'adaptent un peu et qui sont comme des nouveaux venus. On a vu Facundo Medina jouer latéral gauche, et à droite les deux étaient un peu touchés, Nahuel Molina est touché.
Donc, à vrai dire, je ne m'attendais pas à grand-chose, mais j'ai trouvé l'Argentine assez solide contre l'Algérie, qui est une très bonne sélection. Et en voyant les matchs, il y a aujourd'hui quelques sélections au-dessus, comme la France par exemple. Mais elle aurait très bien pu perdre ce match, même si elle a été un peu supérieure en deuxième mi-temps. Le Sénégal aurait très bien pu rentrer aux vestiaires avec un avantage de 0-2.
Je ne vois pas une grande supériorité sur le papier et, honnêtement, il est toujours difficile de disputer des matchs. On voit ça depuis la télé, mais chaque lieu, comme New York ou Miami, est très chaud. Il y a des stades couverts, mais selon l'endroit où l'on joue, il fait très chaud. Certaines sélections sont très physiques. On l'a vu mercredi avec le Portugal, qui a eu du mal à gagner et qui finalement n'a pas gagné, comme pour l'Angleterre, qui a fini par s'imposer, dans un match très équilibré qui se joue sur des petits détails.
Je ne vois pas une sélection très supérieure à une autre, même si, sur le papier, je pense que la France possède les meilleurs joueurs. Mais, comme je vous le disais, elle aurait très bien pu rentrer à la pause avec un score de 0-2. Je vois donc tout très équilibré et, au début, c'est toujours difficile. Quand une équipe entre dans une dynamique, avec une bonne série, comme c'est arrivé à l'Argentine lors du dernier Mondial, je pense que les choses se mettent en place au fil des matchs.
Vous parliez de la France, qui a réagi en deuxième mi-temps avec Michael Olise et Kylian Mbappé, et du match nul du Portugal contre la République démocratique du Congo. Comment avez-vous trouvé les débuts de l'Espagne face au Cap-Vert, avec ce match nul sans but qui a suscité tant de critiques sur son manque de réalisme ?
Peut-être que, rien que par son nom, on attendait un petit peu plus de l'Espagne. Mais aucun match n'est facile. Ce que j'ai vu de l'Espagne, c'est que tout ce qu'elle proposait était très monotone, j'ai remarqué qu'elle cherchait toujours la même chose. Le Cap-Vert était bien en place et l'Espagne a manqué de proposer quelque chose de différent de ce qu'elle faisait d'habitude, surtout durant les 70 premières minutes. Ensuite, avec quelques changements, les choses auraient pu changer un peu plus, mais j'ai trouvé le jeu de l'Espagne très monotone lors de ce premier match. J'ai trouvé le Cap-Vert très à l'aise pour défendre face à ce que proposait l'Espagne.
Donc, il a peut-être manqué un peu d'autre chose, car on voyait bien qu'elle ne parvenait pas à percer comme elle le souhaitait. Mais, comme je vous le disais, c'est le premier match, le deuxième est pareil. Au final, la Coupe du monde consiste à prendre du rythme, à se sentir mieux, à ce que les joueurs se trouvent, et cela se met en place au fil des matchs.
"Rodri est fondamental pour l'Espagne"
Quel joueur espagnol mettriez-vous en avant par rapport aux autres ?
Pour moi, Rodri est toujours fondamental. Je crois que c'est lui qui dicte le rythme de l'Espagne, au-delà des individualités de tous les autres, n'est-ce pas ? Si nous parlons de Lamine Yamal, de Dani Olmo, de Fabián Ruiz, aussi. Mais, pour moi, Rodri est fondamental.
Concentrons-nous maintenant sur votre carrière. Vous résidez actuellement à Séville, que faites-vous aujourd'hui ?
Vendredi, je dois me rendre aux États-Unis, je vais à la Coupe du monde. Je suis en train de suivre une formation de la FIFA sur la gestion des clubs. Ce cours s'appelle le FIFA Executive Players et il se termine maintenant. Cela fait un an et demi, presque deux, que j'ai commencé cette formation et nous sommes allés à Rio de Janeiro pour des visites et des sessions. L'an dernier, nous étions au Mondial des clubs à Los Angeles et à New York, ainsi qu'à Doha en décembre. Et maintenant, ce vendredi, direction Miami. Dimanche, je ferai l'aller-retour à Atlanta dans la journée pour voir le match entre l'Espagne et l'Arabie saoudite.
On imagine que vous serez un supporter de l'Albiceleste. Pourrez-vous assister à un match de l'Argentine ?
Oui, je regarde si l'Argentine, comme c'est parti, finit première, je crois qu'elle joue contre le deuxième du groupe de l'Espagne. C'est le 3 juillet à Miami, donc je suis un peu attentif à ça. De toute façon, je rentre mercredi. On verra comment les choses évoluent, si l'Argentine termine première, elle jouerait hypothétiquement contre l'Espagne ou l'Uruguay. Bien qu'ils aient tous deux fait match nul lors de leurs deux premiers matchs. Théoriquement, ce serait un Argentine-Uruguay si tout se déroule comme prévu, mais on ne sait jamais. J'attends donc de voir. De toute façon, à la maison, mes enfants sont à fond dans la Coupe du monde et ils soutiennent les deux sélections. Ma femme est de Séville, elle est espagnole, mon aîné est né à Séville et les deux autres en Italie, mais ils sont partagés entre l'Argentine et l'Espagne, donc peu importe laquelle des deux.
Si vous portez chance à l'Espagne contre l'Arabie saoudite et que les hommes de Luis de la Fuente ainsi que l'Argentine terminent à la première place, les deux sélections ne se croiseraient pas avant une hypothétique finale.
Exactement. Elles se rencontrent maintenant en seizièmes ou alors en finale. On verra bien comment cela se goupille. J'ai aussi mes deux enfants, l'un est pour l'Espagne et l'autre pour l'Argentine, et ils changent aussi, donc on profite.
"J'ai vécu avec une génération qu'il sera difficile de revoir"
En repassant votre carrière en tant qu'international argentin, je pense qu'il y a deux moments clés. Le premier est cet or olympique que vous avez décroché avec une génération dorée, avec Messi ou Ángel Di María. Quels souvenirs gardez-vous de cette médaille d'or à Pékin en 2008 ?
L'Argentine avait à cette époque une très bonne génération de joueurs. En plus des Jeux olympiques, j'ai eu la chance de gagner le Mondial U20 en 2007. Sur les six derniers championnats, l'Argentine en avait gagné quatre et en 2007 nous avions Kun Agüero, Di María, Ever Banega... Il y avait donc cette pression de devoir gagner, car nous sommes finalement les derniers à avoir remporté un Mondial U20 pour l'Argentine.
Mais comme l'Argentine gagnait tout le temps, il y avait ce favoritisme et cette pression. Le fait est que nous avions de très bonnes générations. J'ai eu la chance de gagner celle de 2007 avec ces joueurs et, en 2008, l'or olympique avec Messi et Riquelme.
L'Argentine formait énormément de joueurs, elle était assez dominante chez les jeunes et j'ai eu la chance de vivre cette dernière étape. D'un côté, nous étions favoris avec tant de joueurs et une si belle équipe, mais après, il faut gagner, et ce n'est jamais facile. Nous avons affronté le Brésil, que nous avons assez bien battu, 3-0. Il y avait Ronaldinho, Marcelo... Finalement, malgré le statut de favori, il faut toujours gagner, ce n'est jamais simple. J'ai eu cette chance, avec cette génération dont je pense qu'il sera très difficile de retrouver une similaire avec autant de bons joueurs. Tous étaient des joueurs de haut niveau.
Vous avez aussi eu la chance de représenter l'Argentine lors d'une Coupe du monde, en Russie en 2018. Les choses ne se sont peut-être pas passées comme prévu, mais j'imagine que représenter son pays lors d'un Mondial doit être ce qu'il y a de plus grand pour un footballeur, non ?
Oui, oui, la vérité, c'est que jouer une Coupe du monde est incroyable. J'ai joué la Ligue des champions, et beaucoup de choses importantes en club. Mais comme disputer une Coupe du monde, et surtout la façon dont l'Argentin le vit, car c'est l'événement pour lequel nous attendons tous quatre ans, il n'y a rien de plus grand.
Sur le plan sportif, nous avons eu la malchance que cela ne se passe pas comme nous le voulions. Mais nous sommes tombés sur la France, qui était, sur le papier, la meilleure sélection avec l'Argentine, et nous avons perdu en huitièmes de finale contre eux. Nous avons perdu 4-3 et nous étions à deux doigts d'aller en prolongation. C'était un match très équilibré et c'est ça, une Coupe du monde. Parfois, tout peut arriver dans un match et nous avons perdu contre ce qui était, je crois, la meilleure sélection de ce Mondial.