Florentino Pérez et la maîtrise du but contre son camp

Florentino Pérez et la maîtrise du but contre son camp

Florentino Pérez n'avait pas participé à une conférence de presse en mode solo depuis onze ans. Après sa performance, on saisit mieux les raisons. Durant une heure, le dirigeant du Real Madrid a offert un show lamentable en annonçant de nouvelles élections sans préciser la date, en critiquant personnellement certains journalistes, en s'emmêlant les pinceaux et en se répétant souvent dans un monologue mi Ahab mi Don Quichotte. Personne n'a saisi s'il traquait une baleine blanche ou s'il combattait des moulins à vent. Une évidence ressort, il s'est couvert de ridicule.

La presse de Madrid n'a jamais été trop agressive envers la dixième fortune espagnole. Contrairement à Barcelone où les infos circulent avant les communiqués officiels, les fuites restent exceptionnelles à Madrid et signalent un souci quand elles surviennent. Rien d'étonnant là dedans. Selon des enregistrements audio vérifiés mais obtenus illégalement, Pérez avoue contrôler de nombreux reporters. Visé par le président du club merengue, Juanma Castaño de Cadena COPE a admis avoir peu utilisé ces audios, ce qui évoque une autocensure évidente. Le quotidien ABC a aussi subi les attaques, en particulier María José Fuenteálamo mentionnée de façon sexiste par Pérez. D'autres n'ont pas échappé à ses remarques machistes, comme Lola Hernández de Fox qui a vu que Pérez appartient à une ère dépassée. Le rival potentiel aux élections, Enrique Riquelme, a été rabaissé pour ses origines, ce qui détonne dans un club qui défend la lutte antiraciste après les insultes contre Vinicius.

Cette intervention visait à calmer la tempête et à reprendre les rênes du club par le leader. Raté total. Au lieu de cela, il a amplifié la crise. Bien sûr, il a parlé de l'affaire Negreira dont l'enquête s'éternise sans résultats concrets, clamé que sept titres de Liga lui ont été dérobés, vanté le Real Madrid comme le club le plus puissant, attractif, fortuné et populaire mondialement tout en affirmant que tout le monde complote contre lui. D'après ses comptes, son équipe a perdu dix huit points cette saison. Pourquoi pas vingt cinq tant qu'on y est. Les incidents avec Aurélien Tchouaméni et Fede Valverde ou la gifle de Antonio Rüdiger à Álvaro Carreras sont annuels et le pire n'est pas la violence mais les fuites. Par ailleurs, LaLiga déteste le Real Madrid, certains joueurs du groupe le détestent, les fans le critiquent car ils sifflent les matches médiocres malgré des abos ou billets onéreux.

Bref, seul Pérez adore le Real Madrid et personne d'autre. Pas question de s'interroger sur lui même face à une saison désastreuse, une masse salariale qui flambe, un accord avec Sixth Street à renégocier en baisse vu que les shows à Madrid migrent vers le Metropolitano. L'arrivée probable de José Mourinho montre un système de décision archaïque de plus de dix ans.

L'obstination de Pérez le conduit à briguer un nouveau mandat sans modifier la direction, avec peu de dangers car il a alourdi les critères pour les candidats opposants avec l'accord des membres, comme vingt ans d'adhésion ininterrompue et une garantie de cent quatre vingt sept millions d'euros sur ses actifs. À soixante dix neuf ans, il a assez de triomphes pour désigner un successeur et quitter la scène honorablement. Au contraire, il risque de ruiner son legs par son entêtement. L'UEFA n'a pas osé punir la Super League. Les supporters madridistes voteront ils pour le renouveler lui qui aura quatre vingt deux ans en deux mille vingt neuf et qui antagonise tout le monde depuis longtemps.

Pour redresser la barre, Pérez donne une interview ce mercredi soir à Josep Pedrerol de Chiringuito, un format sans doute plus contrôlé et amical. Mais il est dur de penser que cela masquera les dégâts.