Parfois, il vaut mieux savoir attendre

Parfois, il vaut mieux savoir attendre

C'est le propre du journalisme de sport, qui plus est à l'ère du digital et de l'immédiateté : il faut être le premier à savoir pour le partager au lecteur et, accessoirement, montrer qu'on est bien les premiers sur le coup. Flashscore ne déroge pas à la règle et quand on peut indiquer "exclu" en en-tête, on ne s'en prive pas. Et comme tout le monde, cela peut se transformer en énorme bide, surtout en période de mercato. La quête de l'information que les collègues n'auront pas peut s'avérer mortifère et la rapidité se transforme en précipitation, qui n'est pas vraiment une alliée. 

La déception peut aussi conduire à aller vite en besogne, notamment pour chercher un coupable un peu trop idéal. Didier Deschamps en a vu quelques-unes depuis qu'il joue et depuis qu'il entraîne. Mais pas sûr qu'il s'en accommode pour autant. À la mi-temps de France-Espagne, Adrien Rabiot, averti depuis la 9e minute, est sorti, remplacé par Manu Koné

L'affaire était entendue : le sélectionneur avait commis une énorme erreur en sortant Rabiot. Même avec ce carton jaune, le Milanais avait empilé 8 récupérations. Le risque d'expulsion après avoir frôlé deux fois la correctionnelle ? Quantité négligeable. 

Les émissions de débrief ont toutes glosé sur cette décision, mortifère. Mais une parole manquée, et non des moindres : celle de Deschamps lui-même qui, en matière de milieu défensif, a réalisé deux-trois trucs dans sa carrière pour savoir de quoi il parle. 

Lors de sa dernière conférence de presse de sélectionneur de l'Equipe de France, la question lui a inévitablement été posée. Et là, stupeur : c'est Rabiot lui-même qui a provoqué sa sortie. "Il vient me voir à la pause fraicheur et me dit 'coach je ne peux plus jouer mon jeu'. Quand vous êtes milieu, le jeu est à 360 degrés. Je lui ai dit 'gère, évite de laisser trainer le pied' car ce n'est pas passé loin. Je les ai fait ses matchs-là et j'étais l'ombre de moi-même. J'aurais pu faire différemment, mais je ne me pose pas ces questions. J'ai choisi avec les éléments que j'avais et mon vécu". 

Voilà, il suffisait de demander et la réalité est toujours plus décevante que les supputations. Dans la course à la breaking news, cela rappelle qu'attendre, parfois, ça évite de s'en prendre pour rien au bouc émissaire trop facilement désigné.