L'Argentin Bertoni considère la France comme favorite du Mondial et l'Albiceleste sous pression
Dans un entretien accordé à l'AFP, Bertoni, auteur du but en finale de 1978 contre les Pays-Bas (3-1 après prolongation), estime que la France possède une telle profondeur de banc qu'elle pourrait aligner "deux ou trois équipes". Derrière les Bleus, il cite, en plus de l'Argentine "candidate", l'Espagne, le Maroc, et les Pays-Bas, "dont personne ne parle, mais qui forment une équipe très bien structurée".
QUESTION : Quelles sélections vous impressionnent pour ce Mondial ?
RÉPONSE : "La France, cela va de soi. Elle a de quoi composer deux ou trois équipes avec les joueurs dont elle dispose. Ensuite, l'Espagne et le Maroc. Les Pays-Bas, dont personne ne parle, mais qui constituent une équipe très bien organisée. Et puis l'Angleterre. Pour l'Amérique du Sud, le Brésil et l'Argentine."
Q : Comment voyez-vous l'Argentine aborder ce Mondial, dans un groupe comprenant l'Algérie, l'Autriche et la Jordanie ?
R : "Je pense que l'Argentine est candidate (au titre), c'est normal quand on a disputé six finales et remporté trois titres (1978, 1986, 2022). Mais si l'on croit qu'on va redevenir champions uniquement grâce à notre nom et à nos exploits passés, c'est une erreur. Ce qui pourrait vraiment nuire à l'Argentine, c'est l'attachement du sélectionneur envers les joueurs qui l'ont rendu champion du monde."
Q : Comment un joueur gère-t-il la pression de défendre un titre mondial ?
R : "C'est une pression énorme (...) Tout dépend de l'état d'esprit du groupe et de la capacité du sélectionneur à concilier deux réalités : faire comprendre aux joueurs qu'ils sont champions du monde en titre, mais qu'il faudra aller défendre ce titre sérieusement. Lors du Mondial 1982 (où l'Argentine a été éliminée au second tour de groupe avant les demi-finales, NDLR), on avait cru que, parce qu'on était champions du monde, on pouvait confirmer ce titre, avec Maradona et d'autres nouveaux joueurs. Mais c'est toujours difficile, tout le monde veut gagner."
Q : À bientôt 39 ans, Lionel Messi pourra-t-il être décisif ?
R : "Il reste un joueur décisif. Mais il approche des 40 ans et il faut voir comment il arrive physiquement. Il n'évolue plus dans un football de haute compétition (dans le championnat MLS, NDLR), c'est un football qui tient beaucoup du spectacle (...) Et Angel Di Maria manquera, lui qui après Messi a été crucial lors du Mondial 2022."
Q : Le football, sa tactique, sa technologie, sa préparation, ont évolué. Que reste-t-il de la qualité des joueurs ?
R : "Il y a des joueurs de très grande classe. Le problème, c'est que le football d'aujourd'hui, dit moderne, est très physique, et la priorité avant de construire, c'est de détruire. Et on détruit déjà par la manière dont on presse l'adversaire (...) Chacun cherche comment briser les schémas tactiques. Mais le football restera dirigé et défini par les grands joueurs : ceux qui savent dribbler, qui savent se déplacer."
Q : Le Mondial 1978 en Argentine était entaché par le contexte de la dictature militaire. Le Mondial 2026 a aussi ses polémiques extra-sportives. Comment des joueurs peuvent-ils faire abstraction ?
R : "Nous, à l'époque, on ne savait pas vraiment ce qui se passait dans le pays. On savait qu'il y avait un gouvernement militaire néfaste, une sorte de guerre de guérillas, mais on n'avait pas conscience des disparus, on l'a appris plus tard, avec le temps. Je pense que les joueurs vont à un Mondial pour jouer et montrer ce qu'ils savent faire. On est des athlètes, et en tant qu'athlètes, on n'est responsables que de ce qu'on fait sur le terrain."