Kaishu Sano, une affaire de viol collectif classée sans suite mais un malaise qui dure
Il est le milieu de terrain de Mayence, le "Dynamo" des Samurai Blue, l'un des joueurs les plus présents dans l'entrejeu de Bundesliga cette saison avec 30 apparitions et plus de 2 700 minutes jouées. Kaishu Sano, 25 ans, natif de Tsuyama dans la préfecture d'Okayama, est aussi l'un des footballeurs les plus controversés de ce Mondial 2026. Non pour ses performances, mais pour ce qui s'est passé à Tokyo en juillet 2024.
Le 14 juillet, quelques jours après avoir officialisé son transfert à Mayence, Sano est arrêté avec deux co-suspects par la police japonaise. Selon les médias nippons, les trois hommes sont soupçonnés d'avoir agressé sexuellement une femme avec laquelle ils avaient dîné ce soir-là, après que l'amie qui l'accompagnait avait quitté les lieux. L'information fait le tour des médias japonais en un instant. Mayence, qui vient de débourser plusieurs millions pour le recruter, se dit "surpris". Kashima Antlers, son ancien club, prend immédiatement ses distances et parle de lui comme un "ancien joueur", sans faire de commentaires. Pendant quinze jours, Sano est placé en détention.
Le 29 juillet, il est libéré. Par l'intermédiaire de ses agents, il publie un communiqué le jour même : "Je présente mes sincères excuses à la victime pour mes actions qui ont causé de gros problèmes. Je prends au sérieux les conséquences de mon acte et je m'efforcerai de rétablir la confiance". Le 8 août, le parquet de Tokyo annonce qu'il ne sera pas mis en examen. La décision intervient après que son équipe juridique a conclu un règlement amiable avec la victime, moyennant une compensation financière substantielle. Une procédure courante au Japon, qui permet aux plaignants d'obtenir réparation sans passer par un procès, mais qui laisse les faits eux-mêmes dans un angle mort juridique. La justice classe sans suite. Sano, lui, avait nié les faits durant sa garde à vue.
La fédération japonaise évoque une "faute personnelle"
La fédération japonaise ne communiquera pas sur cette affaire et retiendra la formule commode de "faute personnelle" pour y faire allusion. Le 23 mai 2025, Sano est rappelé en sélection pour les qualifications asiatiques à la Coupe du monde, prévues le 10 juin. En conférence de presse, le sélectionneur Hajime Moriyasu justifie son choix : "Je l'ai observé tout ce temps, et après l'avoir contacté personnellement, j'ai fortement senti qu'il était sincèrement plein de remords". Avant d'ajouter : "En considérant chaque membre de l'équipe comme une famille, je me suis demandé si je devais simplement exclure quelqu'un de la société ou du monde du football pour une erreur. J'ai décidé qu'il valait mieux, en tant que famille, lui donner la possibilité de se racheter".
Trois jours plus tard, c'est à Sano de se présenter face à la presse pour se justifier. Vêtu d'un costume noir et d'une cravate bleu marine, il prend la parole avant même qu'on lui pose la moindre question : "Je suis profondément désolé pour le dérangement et le tort que mes actes ont causés à de nombreuses personnes. À l'avenir, je souhaite continuer à donner le meilleur de moi-même, que ce soit à travers mes actes, mes paroles ou ce que je peux apporter sur le terrain. Je veux également contribuer à la société au-delà du football". Il s'incline en signe de respect devant son audience puis reprend : "Je sais pertinemment qu'il y aura des avis partagés et des critiques à mon sujet. Cependant, en réfléchissant à ce que je suis capable de faire, je me dis que je n'ai pas d'autre choix que de me battre pour le football japonais".
Un débat relancé pendant ce Mondial
Il disputera ensuite les deux derniers matchs de qualification pour la Coupe du monde 2026, chaque fois comme titulaire, lors de la défaite 0-1 face à l'Australie le 5 juin puis lors de la victoire 6-0 face à l'Indonésie cinq jours plus tard. Pour autant, le malaise au Japon reste palpable. Une pétition réclamant son exclusion de la sélection a recueilli plus de 9 400 signatures, dans un contexte de vif débat en ligne au Japon entre ceux qui estiment qu'il n'y a pas de problème légal et ceux qui jugent qu'un représentant du pays ne peut pas avoir ce genre d'antécédensts judiciaires.
Avant cette Coupe du monde, le débat a été relancé par plusieurs posts sur les réseaux sociaux, dont l'un où une jeune femme se montre en train de colorier en noir le visage de Sano sur son album Panini. Une autre utilisatrice de Twitter témoigne de sa colère elle aussi, dans un tweet vu 3,2 millions de fois : "Un homme qui a participé à un viol collectif a été sélectionné pour l'équipe nationale du Japon pour la Coupe du monde. Au Japon, il est pratiquement impossible pour les victimes d'agression sexuelle d'aller en justice et elles sont contraintes de passer par un règlement amiable par nécessité."
Sur les réseaux sociaux, la comparaison avec le Ghanéen Thomas Partey, privé de visa canadien en raison d'accusations de viol, absent pour le premier match de son équipe, alimente le sentiment d'un traitement à géométrie variable selon les fédérations et les nationalités. Titulaire lors des deux premiers matchs de poules face aux Pays-Bas (2-2) puis à la Tunisie (4-0), Sano n'a pas encore joué au Canada et n'a pas eu de problème de visa lors de ses entrées au Mexique ou aux États-Unis.