João Cancelo et sa revanche personnelle
Il y a quelques mois encore, imaginer João Cancelo aligné comme titulaire en quart de finale de la Ligue des Champions avec le FC Barcelone relevait de la pure fantaisie. Au bord du gouffre à Al-Hilal, ce latéral portugais traversait une période noire. Les pépins physiques à répétition en arrière-garde ont incité Deco à approcher le club saoudien pour rapatrier son compatriote sous forme de prêt.
Le rôle prévu ne concernait pas son poste habituel à droite, mais une nouvelle mission à gauche. Pour Cancelo, le choix était clair et il a débarqué en Catalogne, dix huit mois après son exode.
Ce mercredi, il semble promis à une place de titulaire en quart de finale de la Ligue des Champions. Son dernier passage en pareille occasion reste un souvenir amer. Après la victoire du Barça au Parc des Princes contre le PSG (3 à 2), Ronald Araújo et lui avaient multiplié les bourdes pour propulser l'équipe de Luis Enrique en demi finale. Son erreur sur Ousmane Dembélé avait concédé un penalty fatal, scellant le sort du match.
Regard en arrière
Deux années plus tard, le voici de retour sur le flanc gauche. Sa présence renforce la densité au centre et bien que la défense ne soit pas son fort principal, ce surplus d'effectif en possession est précieux pour Hansi Flick, d'autant plus sans Raphinha.
La grande question porte sur les phases de retour. Samedi soir, il n'a enregistré que trois interventions défensives (deux tacles, une interception) et a perdu sept duels sur treize. C'est le talon d'Achille de Cancelo, plébiscité pour ses montées et ses appels, mais en peine dès qu'il faut reculer.
En conférence de presse mardi, le Portugais a décortiqué les changements au Barça depuis le départ de Xavi Hernández : "la presse haute est risquée mais je m'y reconnais. Flick impose un rythme allemand avec une pression sur le porteur du ballon. C'est dur de s'ajuster, il y a des dangers mais c'est ainsi qu'on domine le jeu".
De son côté, l'entraîneur a salué l'engagement et l'endurance du joueur durant la rencontre de fin de semaine au Metropolitano : "il a joué au Mexique en sélection portugaise, un voyage éreintant, et il s'est dépensé sans compter samedi, finissant épuisé. C'est un crack avec une technique d'exception". Cette maestria dans les dribbles, les feintes et les accélérations se concrétise en chiffres éloquents : un but et trois passes décisives en Liga, plus une passe décisive face à l'Atlético en demi retour de la Copa del Rey.
L'indisponibilité de Raphinha a ouvert la porte à Marcus Rashford dans le onze de départ. Sa discipline défensive en ailier pur, contrastant avec les penchants centraux du Brésilien, garantit une couverture solide, appuyée par Gerard Martín, un central rompu au rôle de latéral gauche.
Cette organisation tactique restreinte pourrait délester Cancelo dans ses incursions offensives et atténuer ses errements en transition adverse, les Colchoneros adorant les contres verticaux après récupération.
Tandis que le Barça envisage sérieusement une extension de son prêt au delà de la saison, sans clause d'achat, le Portugais mesure l'enjeu en Ligue des Champions. À lui de prouver son évolution dans les grands matchs, sous peine de rentrer dans un club où il n'a pas brillé.