Jens Castrop, le joueur germano-coréen qui bouscule l'histoire de la Corée du Sud
Né le 29 juillet 2003 d'un père allemand et d'une mère coréenne, Jens Castrop a grandi au sein de la grande communauté asiatique de Düsseldorf, l'une des plus importantes d'Europe. Il commence le football au Lohausener SV, son club de quartier, avant de rejoindre la Fortuna, puis Cologne, où il signe son premier contrat professionnel en 2020. En 2022, un prêt à Nuremberg, en deuxième division allemande, lui ouvre les portes du haut niveau. 86 matchs, 7 buts, 9 passes décisives et 25 cartons jaunes, témoignage d'un tempérament que la discipline n'a jamais tout à fait domestiqué. En 2025, Nuremberg le cède au Borussia Mönchengladbach en Bundesliga, où il dispute vingt-six rencontres, inscrit trois buts et délivre une passe décisive.
Longtemps international allemand en jeunes, de la sélection U16 aux Espoirs, Castrop avait semblé naturellement orienté vers la Mannschaft. Mais à l'été 2025, il change d'allégeance et opte pour le pays de sa mère, un choix attendu depuis des mois, mais soumis à la validation de la FIFA en raison de ses sélections passées chez les jeunes allemands. Certains médias outre-Rhin l'ont alors qualifié de "traître". Lui assume pleinement, comme il l'a récemment confié : " C’était une décision très difficile. Mais je pense que dans ce genre de choix dans la vie, il faut écouter son cœur. Et mon cœur m’a dit que je voulais jouer pour la Corée. J’ai toujours su que j’étais coréen. Je ne me suis jamais senti comme un Allemand ordinaire Les supporters m'ont très bien accepté. J'ai été traité comme un Coréen à 100 % dans l'équipe. Ils ont vu le feu dans mes yeux."
"Je savais que je n'étais pas un Allemand ordinaire"
Ce sentiment d'appartenance, il le porte depuis l'enfance. "Dès que j'étais enfant, je savais que je n'étais pas un Allemand ordinaire comme les autres dans ma classe. J'ai toujours su que j'étais au moins à moitié coréen. Ça forge le caractère. On voit ça chaque jour dans la façon dont on gère certaines situations", confie-t-il à la FIFA. Sa mère, Su Yeon-ahn, décrit à MyKhel un fils habité par cette conviction : "Le cœur de mon fils est en Corée. Il est coréen, quoi qu'il arrive. Il ne se ménage pas, il a un sens aigu de la discipline."
Dès la validation de la FIFA, le sélectionneur Hong Myung-bo le convoque pour la trêve internationale de septembre 2025. Castrop entre en jeu à la 63e minute d'un match amical remporté 2-0 face aux États-Unis, à Harrison, dans le New Jersey. Il devient officiellement le premier joueur de patrimoine mixte et né à l'étranger à porter le maillot de la sélection masculine sud-coréenne. "Bien qu'il soit jeune, c'est un joueur qui a constamment progressé et gagné en expérience en Bundesliga. Je valorise surtout sa volonté et son sens des responsabilités", déclarait alors Hong en conférence de presse.
L'intégration dans le groupe a été immédiate. "Tout le monde m'a aidé, tout le monde a été sympa avec moi. J'ai été traité comme un Coréen à 100 % dans l'équipe ils ont vu le feu dans mes yeux", raconte-t-il à son arrivé. Son Heung-min et Lee Jae-sung, qui parlent tous deux anglais et allemand, ont facilité les premiers échanges. Mais Castrop ne compte pas s'arrêter là : il apprend le coréen, une heure par jour, quatre à cinq fois par semaine. "Je pense que le prochain rassemblement sera plus facile pour moi", dit-il à la FIFA.
Pas vraiment le premier
Ce profil athlétique et combatif, milieu de terrain capable d'évoluer dans l'axe comme sur un côté, voire dans un rôle de second attaquant, correspond précisément à ce qui manquait au collectif coréen, riche en joueurs techniques mais moins pourvu en relayeurs capables d'alterner force physique et finesse. Sa présence dans ce groupe a toutefois mis du temps à s'imposer comme une évidence. Malgré ses performances en Bundesliga, Hong l'avait ignoré lors de plusieurs rassemblements, alimentant une polémique en Corée du Sud. Et avant même la question sportive, Castrop a dû traverser un long et difficile parcours administratif pour finaliser sa naturalisation : enregistrement de naissance au consulat coréen de Düsseldorf en février 2025, passeport obtenu en mai, validation FIFA en août.
Ce Mondial 2026 ne marque pas seulement un tournant individuel. Il s'inscrit dans une évolution plus large de l'identité coréenne dans le football. Trois ans plus tôt, en Australie et Nouvelle-Zélande, une autre frontière avait été franchie : Casey Phair, née en Corée du Sud d'un père américain mais ayant grandi aux États-Unis dès l'âge d'un mois, était entrée en jeu à la 78e minute du premier match de la Corée du Sud féminine contre la Colombie. Elle avait alors 16 ans et 26 jours, devenant la plus jeune joueuse de l'histoire à disputer une Coupe du monde, toutes compétitions confondues, et la première joueuse de patrimoine mixte à représenter les Taegeuk Girls.
Face à l'Afrique du sud, Castrop peut à son tour inscrire son nom dans l'histoire, en réalisant ce que Phair, désormais titulaire avec 24 sélections et 4 buts à son actif, avait accompli sous le maillot féminin. Le milieu de Mönchengladbach n'est pas encore entré en jeu dans ce Mondial : ni lors de la victoire inaugurale face à la République tchèque (2-1), ni lors de la défaite contre le Mexique (0-1). Dans un ultime match de poules décisif, Hong Myung-bo pourrait lui offrir ses premières minutes sur la plus grande scène du football mondial. Une entrée en jeu qui ferait date.