Interview Flashscore - Sami Khedira : "Ancelotti peut faire la différence avec le Brésil"
Khedira, champion du monde avec l’Allemagne en 2014, s’est longuement exprimé en marge d’un événement consacré aux maillots historiques de la Coupe du monde.
Appréciez-vous cette Coupe du monde ?
Beaucoup. Comme je l’ai déjà dit, même si l’Italie n’est pas présente, on peut voir toutes les grandes sélections nationales comme l’Espagne, l’Allemagne et l’Argentine, mais aussi des équipes plus modestes comme Haïti et Curaçao. C’est toute la beauté de cette Coupe du monde : elle réunit les grandes puissances et les nations émergentes.
Que pensez-vous de l’Espagne dans cette Coupe du monde ?
Le premier match contre le Cap-Vert a été un peu compliqué pour eux, mais on parle là de l’un des principaux favoris pour tout gagner. L’Espagne possède des joueurs incroyables ; elle a remporté l’Euro et je pense qu’elle a tout pour remporter à nouveau la Coupe du monde.
L’Allemagne dans cette Coupe du monde ? Peut-elle aller au bout ?
Absolument. L’Allemagne dispose d’une équipe très solide et de nombreux joueurs de très haut niveau. Bien sûr, la blessure de Schlotterbeck est une grosse perte, mais il y a Rüdiger, qui est une vraie bête de compétition, et c’est fantastique de le revoir sur le terrain. Il y a aussi des joueurs comme Nmecha, Wirtz et Musiala. Si l’équipe garde cet état d’esprit et cette régularité, je pense qu’elle peut aller loin dans le tournoi.
Vous avez évoqué Ancelotti. Pensez-vous qu’il puisse être l’"arme secrète" du Brésil ?
Carlo est une personne extraordinaire, un grand motivateur, et il s’entoure d’un staff de très haut niveau. Il te fait te sentir comme le meilleur. Le Brésil a une bonne équipe, même si elle n’est peut-être pas tout à fait au niveau de l’Espagne ou de la France, que je compte parmi mes favoris, tout comme le Portugal.
Il suffit de regarder le milieu de terrain du Portugal, c’est impressionnant. Mais au final, ce qui compte, c’est le meilleur entraîneur, le meilleur groupe et le meilleur état d’esprit collectif. Et Ancelotti peut clairement faire la différence.
Messi a 39 ans et continue de dominer la Coupe du monde. Comment expliquez-vous cela ?
Il fait tout simplement du Messi. Si l’on parle des 20 dernières années de football, nous devrions tous nous estimer chanceux d’avoir vu jouer Messi et Cristiano Ronaldo. Ils ont complètement changé ce sport et continuent de l’influencer aujourd’hui encore. Messi et Cristiano sont très différents l’un de l’autre.
En ce moment, Messi semble en meilleure forme, mais je pense toujours que Cristiano va retrouver le chemin des filets (entretien réalisé juste avant ses buts contre l’Ouzbékistan), car il est incroyablement compétitif et le Portugal possède une équipe très solide.
Peut-être que Messi n’a plus la même intensité physique qu’il y a 15 ans, mais sa qualité technique reste intacte. Ce qui m’impressionne le plus, c’est sa passion. Il a tout gagné : Coupe du monde, Ligue des champions, Ballons d’Or. Pourtant, il prend toujours du plaisir, célèbre avec ses coéquipiers et vit chaque match comme si c’était le premier.
Cet amour du football, c’est ce qui rend Messi, Cristiano et Neymar si spéciaux et ce qui nous fait tous tomber amoureux de ce sport.
L’Italie a manqué la qualification pour la Coupe du monde pour la troisième fois de suite. Qu’en pensez-vous ?
Je ne suis pas Italien, mais j’ai vécu de nombreuses années en Italie et je me sens un peu Italien. J’adore ce pays, j’adore ses habitants et j’aime la Juventus. Quand on parle du football italien, on pense à des champions comme Buffon, Chiellini ou Bonucci. L’Italie a remporté l’Euro en 2021 et possède une histoire incroyable en Coupe du monde. C’est pour cela que ça fait mal de voir les Azzurri absents pour la troisième fois consécutive.
Surtout cette année, je m’attendais à voir l’Italie sur la grande scène. Avec des joueurs comme Bastoni, Barella et bien d’autres, je pensais que le moment du retour était venu. L’Italie a encore de grands joueurs, mais il manque clairement quelque chose.
Désormais, il faut prendre les bonnes décisions au niveau de la fédération : le bon sélectionneur, un projet technique clair et, surtout, un grand accent sur la formation des jeunes. C’est pourquoi j’espère vraiment revoir l’Italie sur la grande scène dans quatre ans. La Coupe du monde a besoin de l’Italie.
Que pensez-vous de la situation de la Juventus ? Peut-elle retrouver son ancien niveau ?
Bien sûr. La Juventus a toujours traversé des périodes difficiles dans son histoire. Ne pas se qualifier pour la Ligue des champions a été un coup dur, mais cela peut aussi être l’occasion de repartir de zéro. Mais il faut de la régularité au niveau de la direction, du staff technique et de l’effectif.
Quand je suis arrivé à la Juventus, il y avait déjà un noyau solide avec Bonucci, Chiellini, Barzagli, Buffon, Lichtsteiner et Marchisio. Ensuite, seuls quelques joueurs ont été ajoutés, comme Mandzukic, Dybala et moi-même. Ce groupe est resté uni pendant des années, ce qui a permis à l’équipe de rivaliser au plus haut niveau.
Je pense que c’est ce à quoi la Juventus d’aujourd’hui doit aspirer. Je crois toujours en ce club. Giorgio Chiellini est toujours impliqué dans le projet et j’ai beaucoup d’estime pour lui. Je suis certain qu’il apporte une contribution importante.
Pensez-vous que Spalletti peut faire la différence comme Ancelotti ?
Honnêtement, je ne connais pas personnellement Spalletti. Ce que je peux dire, c’est qu’il a connu beaucoup de succès dans le football italien, donc il est logique de continuer à lui faire confiance. Quand on choisit un entraîneur, il faut le soutenir et lui laisser du temps.
Pour construire le succès, il faut de la régularité au niveau de la direction, de la stabilité sur le banc et un groupe de joueurs qui grandit ensemble au fil du temps. C’est ainsi que se construisent les grandes équipes.