Interview Flashscore - Ramon Vega prévient la Suisse : "Il ne faut pas laisser Messi seul deux minutes"

Interview Flashscore - Ramon Vega prévient la Suisse : "Il ne faut pas laisser Messi seul deux minutes"

Vega livre à Flashscore son analyse sur la dynamique d’une équipe passée du statut d’outsider à celui de valeur montante sur la scène internationale, et qui affrontera l’Albiceleste avec cette confiance. Mais avec une inquiétude persistante.

La Suisse est en quarts de finale. Vous attendiez-vous à un tel parcours et à un tel résultat ?

En réalité, oui. Avant le tournoi, je m’attendais à ce qu’ils aillent aussi loin, voire plus loin, honnêtement. Je voyais une équipe suisse forte de son expérience en Coupes du monde et en Championnats d’Europe.

Depuis plus de dix ans, nous nous sommes qualifiés pour presque toutes les grandes compétitions. À chaque fois qu’ils ont affronté les “grandes” nations comme la France ou l’Espagne – les champions du monde – ils ont toujours fait bonne impression, même si la Suisse n’est pas considérée comme favorite ou très attractive à voir jouer.

L’organisation et l’expérience sautent aux yeux. Cette équipe a plus d’expérience des grands tournois que la plupart des autres sélections engagées dans cette compétition. Nous avons des joueurs comme le capitaine (Granit Xhaka) et (Ricardo) Rodriguez, qui ont même remporté une Coupe du monde U17. Cette expérience est précieuse.

Aujourd’hui, la Suisse possède ce que l’Italie avait dans les années 90 : un système où les joueurs progressent dans les équipes de jeunes, remportent des titres, puis apportent cette expérience en équipe première. On parle beaucoup des grandes stars comme Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Harry Kane, mais la Suisse reste l’outsider.

Ce n’est donc pas vraiment une surprise, vu à quel point il est difficile de jouer contre eux ?

Exactement. Ils sont très bien organisés tactiquement. Contrairement à mon époque dans les années 90, où 80 % d’entre nous jouaient en Suisse, plus de 90 % de l’effectif actuel évolue à l’étranger dans les meilleurs championnats comme la Premier League, la Bundesliga ou la Serie A (Manchester City, l’Inter Milan, Arsenal).

Ils n’ont pas la profondeur de banc de la France ou de l’Angleterre, mais ce qu’ils alignent sur le terrain, c’est de l’expérience.

Quel type de match attendez-vous face à l’Argentine ?

J’ai vu l’Argentine deux fois, et elle est prenable. Regardez le match contre l’Égypte, en faisant abstraction des problèmes d’arbitrage.

Cette Coupe du monde, comparée à celles que j’ai connues, est différente… et pas dans le bon sens pour l’avenir du football. C’est inquiétant pour les jeunes de voir qu’on peut tout se permettre sur le terrain et que l’arbitre n’a plus d’importance. Le respect de l’autorité de l’arbitre est en train de disparaître. Si l’arbitre n’est plus la personne la plus importante sur le terrain, le football est perdu.

Pensez-vous que la Suisse pourrait être pénalisée parce qu’elle a moins de “poids” ou d’influence que l’Argentine ?

C’est bien là le problème. On aborde un match contre un géant comme l’Argentine et Messi, mais on y va en se disant que ce ne sera pas du fair-play. On craint que la première faute soit un carton jaune ou rouge, ou qu’un pénalty soit sifflé contre nous.

Je suis certain que l’entraîneur Murat Yakin dit aux garçons : “Nous ne sommes pas favoris ici, faites attention à chaque faute car tout sera contre nous.” Il faut se préparer mentalement plus que tactiquement quand on sent que le système peut être contre vous.

Mais sur le terrain, la Suisse peut-elle rivaliser avec l’Argentine ?

Oui, car j’ai vu l’Argentine en difficulté face à l’Égypte. Elle était menée 2-0 et a bénéficié d’une seconde chance pour s’imposer 3-2. Bien sûr, il ne faut pas laisser Messi seul deux minutes car il est capable de magie, mais la Suisse a une vraie opportunité de les battre. Elle l’a déjà fait face à l’Espagne et à la France.