Football: disparition de Rolland Courbis, figure bouillante et entraîneur polyvalent
Passionné aux réactions explosives et aux élans sincères, ce "coach" estimé et souvent sollicité pour sauver des équipes en difficulté, Rolland Courbis nous a quittés lundi à l'âge de 72 ans après une carrière riche en rebondissements dans le monde du football.
Rendant hommage à un "personnage coloré et exubérant" qui "avait fait de l'analyse des matchs un véritable art oratoire", le directeur général de RMC, Karim Nedjari, a annoncé son décès à l'antenne, la voix chargée d'émotion, après les 22 années passées par Rolland Courbis en tant que consultant à la radio.
L'Olympique de Marseille, où il a exercé pendant deux ans et demi en tant qu'entraîneur, a rendu hommage à "une personnalité marquante de son histoire, un entraîneur légendaire et une icône incontournable du football hexagonal. Avec le départ de Rolland Courbis s'éteint une voix unique, un regard perçant, une passion intense qui ont imprégné l’Olympique de Marseille et bien plus loin".
Pour le sélectionneur de l'équipe de France, Didier Deschamps, "le football français perd une figure attachante et chaleureuse, dotée d'un caractère affirmé", un "véritable passionné" qui avait "décidé de partager son savoir ces dernières années, au micro, avec un style imagé qui lui était propre".
Témoin de son rôle dans l'univers marseillais, le maire de Marseille, Benoît Payan, a posté sur Twitter: "C'était une voix reconnaissable, un tempérament fort, un amour pour l’OM et pour Marseille. Rolland Courbis nous a quittés, laissant une empreinte profonde dans l'histoire du club et dans le cœur des fans."
Courbis évoquait Tintin, mais revisité par un Pagnol un brin plus cru. Né à Marseille, il a commencé comme entraîneur à Bordeaux, s'est aventuré dans le nord à Lens, a affronté le froid à Vladikavkaz en Caucase.
Au fil de ses pérégrinations, sa réputation controversée l'a souvent suivi comme une ombre tenace, à l'image du sparadrap du capitaine Haddock.
"Parfois, j'aimerais dire: +Peut-on clore le chapitre sur certains reproches qu'on me fait?+", confiait-il au Monde en 2013. Courbis a passé deux fois derrière les barreaux, de octobre 1990 à janvier 1991 dans le scandale de la caisse noire du club de Toulon et de septembre 2009 à février 2010 dans l'affaire des comptes de l'Olympique de Marseille. Il avait aussi frôlé une fusillade à Hyères en 1996, lors d'un règlement de comptes visant une personnalité du milieu corse qu'il escortait.
Comme Tintin, il brillait aussi comme reporter, le "Coach Courbis" très apprécié sur les ondes de RMC.
Expert aguerri
Même si son palmarès d'entraîneur reste modeste, il se considérait "peut-être pas le moins qualifié", expliquait-il lors d'un entretien avec l'AFP à l'été 2015. À cette époque, il avait déjà plus de 500 matches de Ligue 1 à son actif, ce qui en faisait l'un des techniciens les plus expérimentés.
Fort de son vécu, cet aventurier de la Ligue 1 n'a pas tardé à entamer un nouveau chapitre, comme conseiller puis entraîneur à Rennes en 2016. Une mission brève aussi à Caen en 2019, qui n'a pas suffi à préserver le club de la relégation en Ligue 2.
Des passages éphémères qui reflètent la vie d'un homme ayant tout vécu ou presque dans le football, y compris une sélection nationale, celle du Niger en 2012.
Ancien des casinos, bavard intarissable qui avait séduit la comtesse Maria-Luisa Rizzoli, Courbis ne comptait qu'une Coupe d'Algérie et une Coupe de l'Union Arabe comme trophées d'entraîneur, remportés avec l'USM Alger en 2013.
Par loyauté
Il a perdu une finale de Coupe de la Ligue avec Bordeaux en 1997 et, en 1999, une finale de Coupe de l'UEFA et un titre de champion avec l'OM, arraché à la dernière seconde de la dernière journée par un but polémique concédé par le PSG face à Bordeaux. Il avait connu plus de succès comme joueur avec trois championnats de France (1972 avec l'OM, 1978, 1982 avec Monaco), et même une expérience lucrative à l'Olympiakos Le Pirée (1973-1974).
Et il arbore de belles médailles de coach: le mémorable 5-4 remporté par l'OM face à Montpellier qui menait 4-0, une victoire éclatante contre le grand Manchester United, la promotion avec Montpellier ou le sauvetage de petits clubs comme Endoume, du quartier marseillais en troisième division, et l'AC Ajaccio en Ligue 1, aidés par pure amitié pour leurs présidents.
Rester deux ans et demi au banc de l'OM est déjà une prouesse. "C'est long, racontait-il, Didier Deschamps qui achevait sa troisième saison paraissait à la fin comme son arrière-grand-père, chauve, rouge comme une pivoine, épuisé."
Courbis, lui, ne s'usait pas. "Je n'ai pas mené une vie tranquille, reconnaissait-il. Si c'était à refaire, certaines bêtises, je les éviterais".