Djed Spence, l'éclosion inattendue d'un latéral gauche mis en confiance sur le tard

Djed Spence, l'éclosion inattendue d'un latéral gauche mis en confiance sur le tard

Il a fallu se frotter un peu les yeux pour en être certains : oui, le Djed Spence qui prend de plus en plus de place avec l'Angleterre est bien le même qui a passé six mois tout à fait anecdotiques à Rennes. Venu en prêt en janvier 2023, le latéral gauche n'a pas laissé un souvenir impérissable en Bretagne, à peine huit matches de Ligue 1 dont 7 comme titulaire avant d'être mis sur le banc par Bruno Genesio et qu'une blessure au genou fin avril ne le stoppe définitivement. 

De nouveau prêté à Leeds où il dispute 7 matches de Championship puis au Genoa où il joue 16 matches de Serie A dont à peine 8 titularisations, Spence ne convainc pas davantage. En 2024, il retrouve donc Tottenham, qui l'avait recruté deux ans plus tôt.

Et dans le marasme des Spurs qui terminent 17e et premier non-relégable, il se fait une place à partir de la mi-décembre. Jamais titularisé jusqu'alors et tout juste 64 minutes de jeu, il profite des agapes de fin d'année et d'une blessure de Destiny Udogie pour se faire une place. Et tout s'éclaire d'un coup : Spence dispute 25 matches de Premier League dont 19 titularisations. Homme du match contre Brentford et Manchester United en février, il s'impose dans le XI de départ. La qualification en Ligue des Champions via la victoire en Ligue Europa (il dispute seulement une minute de la finale contre MU) lui permet de découvrir la reine des compétitions continentales. Et face à la pénurie de forces vives à son poste, il est sélectionné avec les Three Lions par Thomas Tuchel en septembre 2025. 

Révélation de Noël

Si son explosion a été relativement tardive, à 23 ans, Spence l'explique. Dans une interview accordée à Rio Ferdinand en mars 2025, il détaillait son cheminement. "Je venais de Forest (il avait été prêté par Middlesbrough et avait participé à la remontée de Nottingham parmi l'élite, ndlr), j'allais en Premier League, dans un club du top 6, et je me suis dit : "C'est énorme !". J'étais un peu trop modeste". 

Et dans le vestiaire, il y a des poids lourds qui peuvent inhiber : "j'ai vu de grands noms comme Harry Kane, Heung-min Son et je ne voulais pas leur faire d'ombre. C'était sans doute ma plus grosse erreur : ne pas m'être exprimé comme j'aurais dû". 

S'il s'entend très bien avec James Maddison sur tous les plans, Spence a vécu un épisode difficile avec Antonio Conte, guère réputé pour sa diplomatie et son sang-froid en toutes circonstances. "Franchement, ça n'a pas été agréable. J'arrivais au club en pleine confiance, j'étais gonflé à bloc, j'avais fait une super saison. Je venais de monter en Premier League avec mon club. Quand je suis arrivé, je me suis heurté à un mur. Ça a un peu ébranlé ma confiance. Je suis jeune aussi, alors ce n'est pas facile à entendre". 

Le courant passe beaucoup mieux avec Ange Postecoglou et c'est ça qui change toute sa carrière : "il a tout fait correctement à l'entraînement, son attitude a été exemplaire, expliquait l'Australien. C'est un bon footballeur, je pense que notre style de jeu lui convient et il s'y est pleinement investi. Il a mérité sa place dans l'effectif. La suite dépend de lui, car c'est une évidence pour moi de le choisir quand je vois ça". 

Une personnalité très affirmée

Spence s'est donc révélé dans la difficulté, avec un leitmotiv : "il faut toujours faire taire les critiques, les sceptiques, les détracteurs, les managers". Premier musulman à porter le maillot des Three Lions, le latéral gauche s'est montré surpris après la victoire (5-0) contre la Serbie mais honoré : "j'étais surpris car je ne savais pas que j'étais le premier, c'est donc une véritable bénédiction. C'est formidable d'entrer dans l'histoire et, je l'espère, d'inspirer les jeunes du monde entier à réaliser ce qu'ils peuvent faire eux aussi. Ils peuvent faire comme moi. Peu importe votre religion, croyez en Dieu". 

Passionné de mode à l'instar de Jules Koundé, capable sans trembler de refuser de serrer la main de Thomas Partey, accusé de plusieurs viols, Spence avoue chercher à ne pas trop s'attarder sur certains commentaires désobligeants, même si cela peut lui servir de moteur pour "progresser chaque jour et m'améliorer en tant que personne. Je veux être le meilleur"

Après une saison à 40 matches (30 en championnat, 10 en C1, dont 31 titularisations), Spence n'a pas pâti de la déconfiture de son club, de nouveau sauvé in extremis. Avec seulement 4 sélections au compteur, il entre dans le squad et ajoute deux capes lors des amicaux contre la Nouvelle-Zélande et le Costa Rica (72 minutes au total). 

Lors de phase de groupes, il a toujours eu du temps de jeu et a été titularisé contre le Ghana (0-0) lors de la deuxième journée. De quoi en faire un candidat sérieux à une place dans le XI au détriment de Matt O'Reilly, aligné contre la Croatie (4-2) et le Panama (2-0). Une situation totalement inattendue au début de la compétition.