Dani Olmo, le passionné d'échecs taillé pour le rôle de faux neuf au Barça
Dani Olmo ne se contente pas d'être un supporter de la NBA : il est aussi un fervent joueur d'échecs. "Stratégie, savoir, focus... et une forme d'échappatoire car en jouant aux échecs, on ne peut se concentrer sur rien d'autre", confiait-il dans les pages d'El Mundo en juin dernier. Cela demande également patience et vision d'avenir. Toutes ces qualités sont indispensables pour occuper le poste de faux neuf, un rôle hybride qui exige clairvoyance et sacrifice, puisque il valorise les partenaires avant soi.
Le concept de faux neuf remonte loin dans l'histoire du football, à 1910 avec l'Uruguayen José Piendibene chez Peñarol et la Celeste, comme l'a détaillé l'auteur Martí Perarnau dans son ouvrage sur l'évolution tactique du football de 1863 à 1945. Le football évolue constamment et l'Espagne forme plus de milieux que de véritables neuf. Le Barça a souvent utilisé cette approche avec Cesc Fàbregas et bien sûr Lionel Messi. Pour la mouture 2026, Olmo semble parfaitement adapté pour assurer la succession.
Rôle sur mesure
Le Barça recherche un attaquant de premier plan pour la prochaine saison. Robert Lewandowski est en fin de contrat et même avec une prolongation d'un an comme le souhaite Joan Laporta, il ne peut plus jouer tous les matches. Ferran Torres présente de solides chiffres (16 buts toutes compétitions confondues), mais sa forme actuelle n'est pas au rendez-vous. Un moment, Dusan Vlahovic a été considéré, d'autant que le Serbe arrivait au bout de son engagement à la Juventus, pourtant il devrait étendre son bail, ce qui reflète un intérêt limité de la part des responsables catalans.
D'autres candidats pourraient séduire : Lautaro Martínez, Julián Álvarez, ou encore Mohamed Salah. Mais la réponse pourrait déjà être au sein du Barça. L'idée germe depuis son arrivée en janvier 2025 : Olmo comme faux neuf. Deco l'avait déjà mentionné dans un entretien à La Vanguardia. Le directeur sportif se souvient bien : la prestation d'Olmo à ce poste en demi-finale de l'Euro 2021 face à l'Italie avait, malgré la défaite, apporté des options collectives, dont une passe décisive pour Álvaro Morata. Avant l'Euro 2024, le journaliste Juan Jiménez avait souligné qu'Olmo avait aussi été aligné en faux neuf avec les U21 sous la direction de Luis de la Fuente, en 2019. C'était contre le Kazakhstan et le Catalan avait inscrit un but.
Olmo possède les atouts nécessaires : intelligence de positionnement, jeu axial, compréhension des mouvements des coéquipiers, précision de passe et vivacité dans l'analyse et l'exécution. Grâce à sa capacité à redescendre et à se décaler, il génère des espaces et des supériorités numériques en attirant les défenseurs centraux. Contre des blocs fermés, cela s'avère souvent plus efficace que des centres vers un attaquant isolé et sous pression.
Rapprocher Raphinha et Lamine Yamal de la surface
Dans un entretien donné à Diario Sport en février dernier, Olmo décrit sa vision du jeu, lui qui suit de près les rencontres : "je me sens bien sous pression. Avant de toucher le ballon, ou même sans le recevoir, j'évalue les espaces, les positions des joueurs, surtout des défenseurs centraux, souvent les plus proches, et je m'ajuste en conséquence. Je connais les forces de mes partenaires, je sais qui peut me servir, je me positionne près d'eux et j'attends mon moment".
En particulier, son lien avec les passes longues d'Eric García (avec qui il partage le même coach physique personnel) et sa complicité avec Pedri et Fermín López, sur et hors du terrain, militent pour cette option. Un autre atout pour cette promotion nette, peut-être permanente : cela offrirait de grandes opportunités à Raphinha et Lamine Yamal, surtout pour conclure les actions offensives en étant plus près du but, mais aussi pour le retour défensif.
C'est précisément là que le travail de la Masia permet d'économiser du temps pour un coach. Marc Bernal est milieu défensif certes, mais durant ses années au centre de formation blaugrana, il a marqué 280 buts en 286 parties. Il pourrait ainsi tenir une position avancée quand Olmo récupère le ballon dans sa moitié de terrain.
Pour l'analyste Albert Blaya Sensat, ce positionnement a donné l'une des meilleures performances de l'ère Flick au Barça : la demi-finale de la SuperCoupe d'Espagne 2025 face au Betis. Dans ce match avec un trio Pedri, Frenkie de Jong et Gavi, Olmo a capté l'attention et, par ses déplacements, a ouvert les ailes, donné du temps à Pedri pour décider et fourni de la profondeur à Raphinha, qui s'est parfois porté en pointe, et à Lamine Yamal.
Cette aptitude à perturber le bloc adverse s'est confirmée contre Newcastle. À l'aller, les Anglais ont exploité le manque d'options, symbolisé par Lewandowski et Ferran, pour imposer un pressing haut et intense. L'entrée d'Olmo avait au moins permis d'obtenir un penalty décisif en fin de match.
De plus, le Barça a connu des phases où Pedri et Lamine Yamal étaient trop prévisibles comme cibles. Or la répétition nuit à l'effet de surprise. Sans même parler d'une passe directe vers lui, Olmo peut créer, par sa position plus avancée, des duels dans le dernier tiers. Aux échecs, on nommerait cela un gambit : proposer une feinte pour gagner une pièce, ou même échec et mat.
Par son parcours en Croatie puis en Allemagne, Olmo a osé partir du Barça pour y revenir plus fort des années après. Cette immersion dans d'autres styles lui permet aujourd'hui d'être un atout tactique majeur à un tournant de la saison, tant pour son club que pour la Selección.