CAN 2025 : le trophée, unique objectif pour Walid Regragui

CAN 2025 : le trophée, unique objectif pour Walid Regragui

Walid Regragui, entraîneur de l'équipe nationale marocaine, incarne le contraste des Lions de l'Atlas, à la fois décriés et encensés, et contraints surtout à obtenir un trophée qui échappe au royaume depuis un demi-siècle, avant la demi-finale de leur CAN 2025, mercredi, contre le Nigeria à Rabat (21h00).

Les séances de questions des médias avec ce technicien quinquagénaire sont un événement que nul ne souhaite rater. Mardi, à la veille de ce qui pourrait être le choc le plus décisif de l'histoire footballistique marocaine, selon ses propres termes, au moins deux cents reporters se sont entassés dans la vaste pièce adjacente au stade Moulay Abdellah dans la capitale.

Né à Corbeil-Essonnes en France, Regragui y répond sans fard aux interrogations parfois pointues des médias locaux, qui ne l'épargnent guère. Il y évoque la stratégie, transmet ses réflexions personnelles, comme cet hommage vibrant à Rolland Courbis, son coach à Ajaccio lors de sa carrière de joueur et parti lundi, et y défend avec passion le football du continent africain.

Il sait aussi user de l'humour et de la décontraction, malgré la tension de conquérir un titre qui fuit le Maroc depuis 1976, date de son dernier et seul triomphe en Afrique.

"J'ai une excellente nouvelle", a-t-il ainsi déclaré mardi. "Azzedine Ounahi sera de la partie demain!... Non, je plaisante." Son meneur de jeu, touché durant la phase initiale, est effectivement absent pour la suite du tournoi, mais Regragui apprécie d'avoir allégé l'ambiance.

Orateur talentueux, cet ancien latéral droit excelle aussi sur son terrain de jeu principal. Ses athlètes, dont le public marocain n'accepterait rien d'autre qu'un succès en finale, ont affiché des performances inégales lors de leur CAN.

Sens stratégique

Regragui a démontré son flair tactique contre le Cameroun en quarts où il a ourdi un schéma reprenant les forces des Lions indomptables pour mieux les neutraliser (2-0).

Il lui faudra encore réfléchir à une défense contre l'attaque prolifique des Super Eagles nigérians (14 buts en cinq rencontres). Et aucune erreur ne lui sera pardonnée.

Depuis l'élimination marocaine en huitièmes à la CAN précédente en Côte d'Ivoire et davantage depuis le lancement de l'édition au Maroc, Regragui, en poste depuis l'été 2022, attire toutes les critiques.

Car après avoir conduit le Maroc en demi-finale de la Coupe du monde 2022, une première pour une sélection africaine, et propulsé les Lions à la onzième place Fifa, en tête des nations du continent, ses compatriotes de la presse ne lui accordent plus la moindre indulgence.

Ils lui reprochent un style trop défensif, manquant d'éclat. Ils dissèquent chaque décision stratégique. Ils imaginent un avenir plus rose avec d'autres. Ils espèrent que Tarik Sektioui, victorieux de la Coupe arabe peu avant la CAN avec l'équipe A' marocaine, monte en grade et prenne sa position.

Malice

Face aux observateurs étrangers surpris par leur sévérité envers celui qui accumule exploits, triomphes et marques historiques, Regragui adopte une attitude résignée.

"Quand on n'encaisse que quatre revers en trois ans et demi, que l'on mène le Maroc en demi de Coupe du monde et en demi de Coupe d'Afrique, en principe, il n'y a pas de quoi redire", a-t-il analysé.

"Mais au Maroc, c'est autre chose. On triomphe, pourtant les critiques fusent, c'est ainsi, il faut l'accepter, s'investir pleinement, lutter pour la nation. Et souhaiter que mon successeur m'éclipse", a-t-il conclu avec une franchise absolue, teintée d'une touche espiègle.

Regragui affronte tous les combats : outre les assauts internes, il gère aussi les soupçons d'autres pays qui voient le Maroc profiter d'un arbitrage favorable.

"Les controverses arbitrales nuisent toujours", affirme-t-il en recentrant le propos : "Ce que nous contrôlons seul, c'est d'exceller sur le terrain, de laisser les victoires parler pour nous".