CAN 2025: Le Sénégal remporte le titre continental au milieu d'un chaos indescriptible
Le Sénégal s'est adjugé la Coupe d'Afrique des nations en triomphant du Maroc sur le score de 1 à 0 après prolongation, lors d'une finale qui a frôlé l'anarchie totale, dimanche à Rabat. Cela a brisé les aspirations des Marocains à conquérir leur propre CAN et terni une organisation irréprochable jusqu'à ce moment.
Alors que la partie peinait à reprendre son cours après une vague de désordre qui avait submergé les dernières minutes du temps réglementaire, Pape Gueye a expédié un tir puissant dans la lucarne de Yassine Bounou (1-0, 94e), accordant ainsi au Sénégal son deuxième sacre continental après celui de 2021.
Deuxième puissance africaine au classement FIFA derrière le Maroc, et formation la plus constante du continent avec trois finales en Coupe d'Afrique sur les quatre dernières éditions, les Lions de la Teranga représentent un vainqueur incontestable.
Cependant, ce n'est pas vraiment cela qui restera en mémoire de la victoire remportée dimanche par le futur rival de la France en Coupe du monde. Du moins pas dans l'immédiat.
En effet, la CAN 2025, parfaite jusqu'alors, a dérapé dans la démence et un chaos absolu alors qu'on était à la septième minute du temps additionnel. Sur un coup de pied arrêté, Brahim Diaz a protesté pour une faute de Malick Diouf dans la surface sénégalaise. L'arbitre congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo, après consultation vidéo, lui a octroyé un penalty.
Quelques instants avant, sur un autre corner, Ismaïla Sarr avait vu son but annulé pour une intervention discutable d'Abdoulaye Seck sur Achraf Hakimi (90e+2).
Indignation au sein du camp sénégalais
Cette série d'incidents a déclenché la fureur des joueurs et du staff sénégalais, qui se sont accrochés avec leurs vis-à-vis marocains. Les Sénégalais ont même abandonné temporairement le terrain, poussés par leur coach Pape Thiaw, avant de réintégrer la pelouse sous l'insistance de Sadio Mané, le leader de l'équipe.
"L'image renvoyée de l'Afrique aujourd'hui est quelque peu embarrassante", a déclaré l'entraîneur marocain Walid Regragui en conférence de presse post-match. "Pape (Thiaw) incite ses joueurs à quitter le terrain, voilà (...) Ce que Pape a fait ce soir ne rend pas service à l'Afrique. Ce n'est pas élégant, mais ce n'est pas grave, il est champion d'Afrique, il peut bien dire ce qu'il veut."
Les altercations sur le terrain se sont propagées aux gradins, où un millier de fans sénégalais ont tenté d'envahir la pelouse pendant une quinzaine de minutes, y compris au moment où Brahim Diaz s'apprêtait à exécuter son penalty, retenus avec peine lors d'une échauffourée générale par le personnel de sécurité, aidé par les policiers.
Au sein de la presse aussi, des querelles ont surgi entre journalistes des deux pays (les frictions ont perduré après la rencontre et la remise des médailles, au point que la conférence de presse de Pape Thiaw a été annulée pour motifs sécuritaires).
Après une vingtaine de minutes de tumulte et d'atmosphère survoltée, le tir au but manqué à la Panenka par Brahim Diaz, qui avait été transparent tout au long de la finale, a à peine apaisé les passions mais a complètement désorganisé les Lions de l'Atlas.
Vingt-deux ans après leur dernière apparition en finale, en 2004 en Tunisie, les Marocains ont vu s'évaporer leur rêve de décrocher un deuxième titre à domicile, un demi-siècle après celui de 1976, tout comme les rares chaises lancées depuis les tribunes qui ont atterri près de la ligne de touche. Pathétiquement.
Pape Gueye élu homme du match
Au bord de l'explosion, c'est en fin de compte le Sénégal qui exulte et le Maroc qui déplore. Tout le Maroc. Pendant que des explosions de joie éclataient à Dakar dès la fin du match.
Le stade Moulay-Abdellah, comble et bouillonnant jusqu'au dernier sifflet, s'est soudainement vidé en un instant.
Jusqu'à présent, tout s'était déroulé idéalement pour les hôtes. Météo, enceintes, terrains: une Coupe d'Afrique n'avait que rarement été disputée dans des conditions si proches des normes européennes, étalons du football planétaire.
Cette édition, record absolu en termes de retombées financières pour le foot africain avec 55 millions de dollars engrangés, a agi comme une répétition en grandeur nature pour le prochain événement majeur du Maroc, la Coupe du monde 2030, co-organisée avec l'Espagne et le Portugal.
Dans un message relayé par l'agence marocaine MAP, le roi Mohammed VI a salué le "chemin honorable" de la sélection nationale et mis en avant que "les installations du royaume ont prouvé leur solidité et leur préparation au niveau international en vue de l'accueil de la Coupe du monde 2030".
Sur la pelouse, le jeu a tenu ses promesses avec 121 buts marqués au total.
Dans les annales, cette finale restera gravée. Elle laissera un amer regret aux Marocains. Une extase légitime et bien méritée pour les Sénégalais.