Avant la Coupe du monde, Los Angeles voit moins de sans abri dans ses rues
"Cela me rappelle beaucoup une cellule de prison", sourit cet ancien responsable de restaurant, enfermé dans son réduit en plastique qu'il occupe avec un autre sans domicile fixe. "Mais c'est bien mieux que la rue. Je n'ai pas à supporter les cafards." Âgé de 44 ans, cet Américain illustre les avancées réalisées par la deuxième ville des États Unis, avant d'accueillir huit rencontres de la Coupe du monde de football cet été, puis les Jeux Olympiques en 2028.
Malheureusement célèbre pour ses bidonvilles insalubres, installés directement sur les trottoirs ou sous ses immenses autoroutes, la Cité des Anges déploie des moyens considérables depuis trois ans pour loger ses sans abri. La maire démocrate, Karen Bass, en a fait sa priorité et multiplie les actions pour financer des milliers de places d'hébergement, que ce soit dans des hôtels ou des "tiny homes" comme celles qu'occupe M. Gilpin.
Ce travail de longue haleine commence à porter ses fruits: les amas de tentes et de chariots qui obstruaient les boulevards d'Hollywood ou de Venice Beach disparaissent peu à peu. Le dernier recensement, rendu public l'été dernier, a montré une baisse de 17,5% du nombre de sans abri dormant dans les rues en deux ans. Une première depuis que la ville a commencé à dénombrer ses SDF il y a vingt ans.
"Pas assez de lits"
Pourtant, l'ampleur du problème demeure colossale. Le comté de Los Angeles, qui englobe les banlieues de la métropole, compte encore plus de 72 000 personnes sans logement stable, dont 47 000 dorment dehors. Dans la vallée de San Fernando, au nord de la ville, Armando Covarrubias gère l'urgence comme il le peut lors de ses patrouilles quotidiennes, où il distribue bouteilles d'eau, snacks et soupes instantanées.
"Hélas, il n'y a pas assez de lits, pas assez d'abris", soupire cet employé de l'association Hope The Mission. Dans son secteur, le nombre de sans abri est "quatre ou cinq fois plus important que le nombre de lits" disponibles.
Quand les autorités ont démantelé un campement le long d'une voie ferrée le mois dernier, il n'a pas pu trouver d'hébergement pour tout le monde. Alors, une dizaine de tentes ont déjà repris place. Entre les bâches et les braseros improvisés, Maggie aimerait retrouver un toit, après 10 ans passés dans la rue.
"J'attends depuis environ trois mois qu'ils m'aident et je suis sur une liste d'attente", regrette cette quadragénaire, sans donner son nom complet. Même pour ceux qui décrochent une place d'hébergement, la réussite est loin d'être garantie. Ces structures imposent des règles parfois mal acceptées, comme l'interdiction de recevoir des visiteurs.
Le programme phare d'hébergement lancé par la maire est ainsi critiqué, car Los Angeles a dépensé 300 millions de dollars pour le financer, mais 40% de ses résidents sont retournés à la rue.
Crise du logement
Et malgré ses efforts, la ville reste confrontée à la crise du logement qui touche toute la Californie. Le "Golden State" ne construit pas assez de logements sociaux, ni de logements tout court, ce qui empêche les prix de l'immobilier stratosphériques de baisser.
Après un accident du travail, Michael Reyes a ainsi découvert que son indemnité mensuelle ne lui permettait plus de se loger, dans une ville où un simple studio coûte en moyenne 1 800 dollars par mois. "Notre coût de la vie augmente, mais pas nos revenus. (...) Il y a un problème là", soupire cet employé de maintenance d'une université, logé en micro maison après un an passé à dormir à l'arrière de sa voiture.
Âgé de 59 ans, il se dit désabusé et doute que Los Angeles poursuive ses efforts de façon durable, au delà des Jeux Olympiques attendus dans deux ans. "Ils font ça juste pour les touristes, genre: +oh, nettoyons Hollywood+. Mais ça ne changera jamais", estime t il.
Le quartier très précaire de Skid Row, où tentes et détritus envahissent les trottoirs en plein centre ville, "existe depuis les années 30", rappelle t il. "Et ça n'a pas changé."